Le destin national de Benjamin Graindorge

Publié le 08/11/2022

Benjamin Graindorge

Professeur à l’École nationale supérieure d’art et design Saint-Étienne (Ésadse), le designer a réalisé un ensemble commandé par le Mobilier national qui devrait rejoindre le palais de l’Élysée, à Paris.

"Pendant deux-trois ans, j’ai cru que je m’étais trompé." Alors étudiant à l’École nationale supérieure de création industrielle (ENSCI)-Les Ateliers de Paris, Benjamin Graindorge, aujourd’hui designer et professeur à l’École nationale supérieure d’art et design Saint-Étienne (Ésadse), a bien fait de s’accrocher et de persévérer.

Son ensemble Eidos XXI, conçu avec Valérie Maltaverne au sein de son studio Ymer & Malta et dévoilé lors de la dernière Paris design week, a séduit une visiteuse de marque. Conquise par cette commande du Mobilier national, institution fédérée par Jean-Baptiste Colbert pour Louis XIV au XVIIe siècle pour meubler la couronne, Brigitte Macron a émis le souhait que ce bureau, sa lampe, son lampadaire, sa bibliothèque et son applique rejoignent l’Élysée.

Designer du Mobilier national

L’épouse du Président de la République et la ministre de la Culture, Rima Abdul-Malak, ont été impressionnées par l’unité de ces « cinq pièces qui se répondent dans un ballet de tiges, véritable réseau porteur qui vient habilement soutenir chacune des structures, écrit Chloé Pitiot. (…) Il faut remarquer également dans ce projet l’excellence du travail de gainage du cuir, appliqué sur des longueurs hors normes. Des formes organiques puisées au coeur de la nature, des couleurs les plus naturelles possibles confèrent à l’ensemble un sentiment de luxe, calme et volupté », poursuit la conservatrice du musée des Arts décoratifs.

Si Benjamin Graindorge se dit « hyper touché » et avoue sa « fierté d’intégrer une communauté de designers du Mobilier national » où figurent des noms tels que Pierre Paulin, Olivier Mourgue, Andrée Putman ou Christian Ghion, mais aussi le directeur de l’Ésadse, Éric Jourdan, ses six années et demi de formation à l’ENSCI-Les Ateliers (entrecoupées par une pause de six mois en Patagonie) n’ont pas été une sinécure.

« Un crayon toujours à la main depuis tout petit », il s’imaginait « ingénieur ou mathématicien ». Finalement, un stage chez les frères Bouroullec, Ronan et Erwan, a été une révélation. « Ils m’ont appris comment il fallait regarder le monde et comment dessiner selon mes goûts et envies. »

Une parenthèse contemplative au Japon

Diplôme en poche, il devient assistant de designers de renom, travaille pour le groupe Seb, remporte plusieurs concours puis séjourne à la Villa Kujoyama, au Japon, en 2009. Parti pour travailler sur la conception de structures en bois et laque avec des artisans nippons, il choisit de rester spectateur de ce pays « sublimement dépaysant » durant huit mois ; « une sorte de retraite au cours de laquelle j’ai enrichi ma bibliothèque personnelle d’émotions et de sensations ».

Installé à son compte à Paris depuis son retour en France, Benjamin Graindorge collabore avec François Bauchet sur la scénographie de la Biennale internationale design 2010. Sollicité par Éric Jourdan, il intègre ensuite l’équipe d’enseignants de l’Ésadse. « Avec cette activité, j’ai le sentiment de rendre à la République ce qu’elle m'a donné », glisse le designer qui fut co-commissaire, avec Sophie Pène, de l’exposition « Le Monde sinon rien », lors de la dernière Biennale.