Jeanne Goutelle décroche les étoiles... de l'Europe !

Publié le 10/01/2022

Jeanne Goutelle

Durant six mois, l’œuvre de cette créatrice textile stéphanoise habillera les salons de la présidence française du Conseil de l'Union européenne. Une visibilité prestigieuse qui permet de porter haut, à Bruxelles, l'un des fleurons du savoir-faire stéphanois.

Jamais Jeanne Goutelle n'aura tant travaillé le bleu, le blanc et le rouge. « Je dois l'avouer, ce ne sont pas mes couleurs de prédilection mais leur combinaison fonctionne ! Le tout est de trouver une harmonie. » Au total, ce sont 6 km de rubans et de sangles tricolores que la créatrice a soigneusement sélectionnés, déroulés, découpés, entrecroisés le long de paravents en acier, donnant à voir des fresques aux couleurs de la France.

« Il y a tout un camaïeu de couleurs et toute une variété de matières dans ma sélection. Cette diversité représente celle de l'Europe. Et par le biais des entrecroisements, j'ai voulu symboliser le mouvement, la libre-circulation. Celle des hommes, des marchandises, des idées. » Son oeuvre, « Intersection(s) », a quitté son atelier de la rue Henri-Gonnard en décembre pour atterrir, en ce début d'année, au 9e étage du Conseil de l'Union européenne, à Bruxelles, au sein même des salons feutrés de la présidence. Rien que ça.

Un concentré de Saint-Étienne à Bruxelles

« C'est vrai que c'est prestigieux d'avoir remporté cet appel d'offres et d'être en lien avec l'Élysée. Mais ma plus grande fierté, c'est d'avoir pu mobiliser plusieurs acteurs du territoire autour de ce projet », souligne l'ancienne étudiante en arts appliqués du lycée Honoré-d'Urfé. La structure en métal a été réalisée à Sorbiers, la peinture à Saint-Étienne, et l'intégralité des rubans et sangles utilisés sont des pièces qui avaient été mises au rebut par une entreprise de Saint- Just-Malmont. Même les artistes qui assistent Jeanne Goutelle dans son projet sont issues de l'École supérieure d'art et design Saint-Étienne (Ésadse). « Le textile existe toujours à Saint-Étienne. Localement, on peut faire encore beaucoup de choses », se félicite-t-elle.

Créatrice militante

Le choix de récupérer des pièces textiles destinées à la benne n'est pas uniquement lié à ce projet. Jeanne Goutelle promeut le réemploi depuis 2001 et l'obtention de son diplôme, dans une école parisienne. « C'est choquant de voir des matières nobles être jetées par les industriels parce que la couleur n'est pas conforme ou parce qu'un client a mis la clé sous la porte. » Jeanne Goutelle revendique « un simple bon sens » dans le réemploi. Elle collecte ces petits trésors, soit des centaines de milliers de mètres de rubans, depuis son retour à Saint-Étienne en 2017, après un parcours freelance qui l'a conduite au Royaume-Uni, en Chine, au Japon ou au Brésil.

Petite-fille d'un chef d'entreprise textile roannais et d'une modiste stéphanoise, Jeanne Goutelle a posé ses bobines et ses ciseaux dans l'ancienne école des Beaux-Arts, d'où elle mène des projets pour des scénographes, des architectes et des marques, sans oublier la Biennale Internationale Design Saint-Étienne 2019 où, déjà, ses paravents colorés avaient permis de mettre en lumière le savoir-faire des rubaniers à travers une oeuvre textile collaborative. La voilà aussi dans les starting-blocks pour la prochaine Biennale, en avril 2022.