Rencontre : Avec Jean-Michel Larqué « On célèbre une épopée ! »

12 mai 1976, à Glasgow. L’ASSE affronte le Bayern Munich en finale de la Coupe d’Europe des clubs champions. La suite, on la connaît. Une défaite, celle des poteaux carrés. Et une légende. Jean-Michel Larqué, capitaine des Verts, était âgé de 28 ans.
Cinquante ans après, il revient pour vous sur cet épisode inoubliable de sa carrière… et de sa vie.

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© Jérôme Abou / Ville de Saint-Étienne

Retour sur l'épopée, 50 ans après

50 ans se sont écoulés depuis cette fameuse finale du 12 mai 1976, à Glasgow. Cela vous parait-il lointain ou est-ce un souvenir encore très présent ?  

Les deux en même temps ! Parce qu'il s'est passé beaucoup de choses depuis cette finale. J'ai eu une vie bien remplie je crois ! Mais ça semble proche aussi parce que l’aventure continue à vivre. Elle vit à travers le club, à travers ses supporters. L’ASSE n'a pas commencé à vivre avec cette finale, il y avait des héros avant nous. Et l’ASSE ne s'est pas arrêtée après cette finale. L’histoire continue…  

Toute Une épopée à fêter

D’aucuns diront que l’on s’apprête à célébrer une défaite… Comment voyez-vous les choses ?  

C’est faux ! On ne célèbre pas un match en particulier. Ceux qui aiment l’ASSE fêtent une épopée. Parce que pour arriver en finale, je vous assure qu'il a fallu en gagner des matchs, des matchs difficiles, renverser des situations compromises. C'est ça que l’on fête. Je pense à des soirées historiques, face à Split un peu plus d’un an avant, face au Dynamo Kiev en quarts, face à Eindhoven en demi-finale. On fête 50 ans d'une épopée qui a forgé quelque chose d'exceptionnel, qui a réveillé le football français et qui a rendu, je crois, très, très fière la population stéphanoise. Et puis, en plus de l’épopée européenne, il y a eu des titres de Champions de France, des titres de vainqueurs de la Coupe de France.

Si l’on se replonge dans cette épopée justement, quelle image vous revient spontanément en tête ?

Toutes ! Je rattache même ça à la période précédente où l’ASSE avait réussi l'exploit d'éliminer le Bayern Munich. C'est ce qui, dans les années 1968-1969, avait permis de faire prendre conscience que les joueurs français pouvaient éliminer des grands clubs européens, que l'on pouvait rivaliser grâce une certaine philosophie, avec certains paramètres qui me semblent très propres à l'équipe stéphanoise.  

Quelle philosophie selon vous ?

Il y a eu beaucoup d'humilité dans notre parcours. On a intégré les jeunes dans l'équipe, qui étaient les deux tiers de l'équipe ! Il y avait 7 ou 8 joueurs qui sortaient du centre de formation, qui avaient gagné la Coupe Gambardella en 1970. Notre grande fierté, c'est d'avoir été compétitifs avec des gens qui n'étaient pas internationaux, qui n'étaient pas de grandes vedettes, qui avaient été éduqués et formés dans le club. On n’imaginait absolument pas arriver là où on est arrivé !

Vous étiez capitaine de cette équipe en 1976. Était-ce facile de mener ce groupe ?  

C'était facile parce que j'avais des coéquipiers exceptionnels, parce qu'on avait un public exceptionnel, que les tâches étaient bien respectées. Et puis on se faisait énormément confiance. C’est ça, la force d'un groupe.  

Des valeurs stéphanoises partagées

Quitte à parler de ce groupe, vous avez bien une image flash qui doit vous revenir en tête, non ?

L'image flash qui résume un peu cette épopée, c'est une image que j'ai bien vue parce que je n’étais plus sur le terrain à ce moment-là ! J’étais sorti sur blessure. C'était pendant la prolongation contre Kiev en quarts de finale, le débordement de Patrick Revelli et le but de Dominique Rocheteau, qui était perclus de crampes. Ça résume un peu le côté laborieux de notre épopée. Ce n’était pas toujours flamboyant, ce n’était pas toujours des matchs exceptionnels sur le plan technique, mais il y avait les valeurs stéphanoises : la solidarité, le courage, l'abnégation, l'altruisme. C'était des valeurs que le public comprenait. C'est pour ça qu'il y a eu cette alchimie entre les joueurs, entre cette équipe et le public. Le public stéphanois d'abord, mais pas uniquement.  

Les héritages de l'épopée des Verts

Parlons de l'héritage de cette épopée. Avez-vous toujours des liens avec vos coéquipiers de l’époque ?

Bien sûr, on a de véritables liens d’amitié. On se voit une ou deux fois dans l'année. Cette équipe est toujours soudée, cette équipe est toujours présente. Mais ne me demandez pas pourquoi ! C'est le mystère d'un groupe qui s'entendait parfaitement bien avec des gens qui venaient d'horizons différents, qui avaient des âges différents.


L’autre héritage, ce sont les générations de supporters, toujours au rendez-vous à Geoffroy-Guichard, saisons après saisons…

Ça se passe de commentaire ! 35 000, 37 000 personnes en Ligue 2 ! Il y a deux clubs en France qui sont capables de faire ça : Lens et Saint-Étienne. Ce bien est précieux. C’est un trésor que le club a entre les mains.  

 

Revenons un peu dans le passé et à votre vie quotidienne à Saint-Étienne, en dehors des terrains de foot. Où pouvions-nous vous croiser ?  

J’habitais rue de la Convention, près du cours Fauriel. Et mes quartiers, c’était la rue José-Frappa, chez mon ami charcutier, c'était même les abattoirs où j'allais le voir le lundi. Il y avait plein d'endroits ! Ce qui était extraordinaire, c’est qu’on était totalement intégrés à la population. En remontant de l'entraînement, j'achetais des légumes à Bergson. On avait une vie normale.  

Des passages récents et réguliers à Saint-Étienne

Revenez-vous de temps en temps à Saint-Étienne ?

Je reviens très, très souvent. J’y ai de vrais amis qui sont dans le football ou en dehors du football. Le seul problème, c'est qu'entre le Pays basque où je réside et Saint-Étienne, c'est très long en voiture !

 

Les Stéphanois ont pu vous voir récemment à Saint-Étienne. En 2024, vous avez allumé la vasque olympique devant Geoffroy-Guichard. Juste avant, vous aviez récupéré la flamme sur la pelouse, dans un stade vide. Quel souvenir en gardez-vous ?  

Très émouvant. J'ai connu, dans ma carrière, Geoffroy-Guichard plein. Et je vous assure que le voir vide, un peu embrumé… il y a le film d'une vie qui passe ! C’est le film de 15 ans de présence à Geoffroy-Guichard, avec de premiers entraînements pied nus sur la pelouse. Il y a plein d'images, comme ça, qui reviennent. Moi, je suis croyant. Alors, je ne dirais pas qu’à ce moment-là, le Chaudron s’est transformé en cathédrale… mais ça y ressemblait.